Jonathan...

Jonathan...
La tragédie avait eu lieu le 9 juin dernier à Dieppe
Un homme avait brûlé quai Henri-IV :
c'était un meurtre


Le 9 juin 2005, un homme de 32 ans était retrouvé grièvement brûlé quai Henri-IV à Dieppe. Transporté au centre des grands brûlés à Paris, il décédera quelques jours plus tard. Après sept mois d'enquête, les officiers de police ont retrouvé le meurtrier présumé. Il s'agit d'un SDF qui avait eu quelques jours plus tôt un différend avec la victime.
Malgré les évidences, les officiers de police n'ont jamais voulu croire à la thèse de l'accident. A force de ténacité et suite à une enquête longue et minutieuse, ils ont finalement élucidé ce fait divers tragique. A 3 h 20 le jeudi 9 juin 2005, une personne sans domicile fixe est retrouvée à Dieppe sur la dunette quai Henri-IV grièvement brûlée. Transportée au centre national des grands brûlés à Paris, elle décédera quelques jours plus tard le 13 juin. Il s'agit de Jonathan Wadoux, 32 ans, ancien marin pêcheur.

Lors de la découverte du corps, aucune trace d'hydrocarbure n'avait été retrouvée. Pas plus lors de l'autopsie. Tout laissait dès lors penser qu'il s'agissait d'un accident. Jonathan Wadoux était en effet un fumeur, et les pompiers étaient déjà intervenus chez lui pour un incendie alors qu'il s'était endormi avec une cigarette allumée.

Cette fois encore, c'est donc l'hypothèse de la cigarette allumée qui aurait mis le feu à son duvet qui est privilégiée. Pour autant, les policiers qui ne veulent rien laisser au hasard poursuivent leur enquête dans le milieu des sans domicile fixe. Au cours de leurs recherches, ils découvrent que quelques heures plus tôt, le 8 juin 2005, un homme d'une cinquantaine d'années a été frappé chez lui lors d'une soirée un peu trop arrosée en compagnie de SDF place du Petit-Enfer. Lui aussi décédera quelques jours plus tard. Son logement se trouvait à une centaine de mètres de la dunette, précisèment là où l'on retrouvera Jonathan Wadoux grièvement brûlé à 80% quelques heures plus tard.

Pyromane

Parmi les personnes auditionnées suite à cette enquête, l'une d'elle, David Delestre, présente un alibi fragile. L'homme âgé de 36 ans assure être rentré ce soir-là chez un ami qui l'héberge à 22 h 45. Mais il donne une fausse adresse de l'ami en question. Arrivé six mois plus tôt à Dieppe, David Delestre intéresse tout particulièrement les enquêteurs : il avait été interpellé à plusieurs reprises pour faits de pyromanie. Depuis juillet dernier, il est même incarcéré à Longuenesse (Pas-de-Calais) pour avoir mis le feu dans les caves d'une HLM à Eu. Il est connu aussi pour ses empoignades régulières avec d'autres SDF et pour avoir « l'alcool mauvais ».

Présenté au parquet hier jeudi, il aurait reconnu avoir eu des différends avec Jonathan Wadoux. En sortant de la soirée qui a dégénéré place du Petit-Enfer, il se serait rendu sur la dunette dans l'espoir d'y trouver Jonathan Wadoux qui dormait régulièrement à cet endroit. En le voyant allongé sur le banc dans un sommeil profond, il aurait mis le feu à son duvet à l'aide de son briquet. Si les faits sont avérés, il devrait être poursuivi pour assassinat.

# Posté le jeudi 23 novembre 2006 02:23

Modifié le jeudi 03 avril 2008 14:56

...

Procès depuis le 2 avril 2008, verdict demain

# Posté le jeudi 03 avril 2008 15:00

...

Accusé d'avoir brûlé vif le SDF


Durant l'instruction de cette affaire, David Delestre, 38 ans, a toujours nié être le meurtrier de Jonathan Wadoux, 33 ans. C'est pourtant lui qui comparaît ce matin devant la cour d'assises de la Seine-Maritime pour répondre du crime dont a été victime le SDF, il y a moins de trois ans.
Quai Henri-IV à Dieppe. Il est environ 3 heures du matin jeudi 9 juin 2005. Jonathan Wadoux vient de quitter une soirée arrosée. Ivre, il s'endort lourdement sur un banc de la dunette, dans un sac de couchage. Quelques minutes minutes plus tard, le duvet synthétique du sans abri s'enflamme. Brûlé à 90 %, « dont 85 % au troisième degré », confie une source proche du dossier, Jonathan Wadoux succombe à ses blessures à l'hôpital Saint-Antoine de Paris, le lundi suivant son admission.
De la thèse accidentelle d'abord privilégiée avec la piste d'une cigarette mal éteinte, les policiers du commissariat de Dieppe, en proie au doute, arrivent à un scénario criminel, au terme d'investigations difficiles.
Huit fois condamné
Quelques jours avant sa mort, Jonathan Wadoux a agressé David Delestre, SDF aussi. Plusieurs témoignages abondent dans le même sens : les deux hommes « s'embrouillent » régulièrement. Les enquêteurs s'intéressent rapidement à ce marginal originaire de Eu, « en errance » à Dieppe lorsqu'il ne dort pas en prison. De son passé, les policiers retiennent surtout un casier judiciaire fourni : David Delestre a déjà été condamné huit fois pour des vols, incendies et des violences. Son interpellation, en janvier 2006, se fait d'ailleurs dans une maison d'arrêt du Nord de la France, où il purge une peine de deux ans ferme pour des violences volontaires commises sur une patiente des urgences de l'hôpital de Dieppe et l'incendie d'une cave à Eu.
Devant le tribunal correctionnel de Dieppe qui l'a jugé pour ces faits, le prévenu confiait : « J'ai eu une crise. Je voulais dormir dans une cave, mais il y avait trop de bazar. Alors j'ai allumé un feu ».
Ce n'est pas d'un simple incendie que David Delestre est aujourd'hui accusé, mais d'un meurtre. Un meurtre qui fait encourir à son auteur jusqu'à trente ans de réclusion criminelle. Le verdict est attendu vendredi.
J. H.

# Posté le vendredi 04 avril 2008 05:53

...

Je suis venue pour le procès, l'heure des délibérations avaient sonnée...

Réponse ce soir

# Posté le vendredi 04 avril 2008 11:56

...

...

Normandie
« J'ai voulu me venger »

David Delestre, 38 ans, à quelques minutes de l'ouverture de son procès devant la cour d'assises à Rouen (photo Stéphanie Jaume)
Difficile de comprendre David Delestre. Originaire de Eu, cet homme de 38 ans répond depuis hier du meurtre de Jonathan Wadoux (lire notre précédente édition). Laborieusement. L'accusé n'entend pas la moitié des questions. Ne les comprend pas. Ses réponses sont elles aussi, souvent, obscures. Dans ses conclusions, l'expert psychiatre Corinne Quesnel parle d'une pathologie alcoolique ancienne - le meurtrier présumé boit depuis qu'il a 15 ans - et l'examen qu'elle a effectué « révèle des anomalies mentales ou psychiques de type atteinte psychopathique ». Le médecin déclare cependant que ces « anomalies n'ont ni aboli ni altéré son discernement » au moment des faits, soit le 9 juin 2005.
Vers 3 heures du matin ce jour-là sur la dunette, quai Henri IV à Dieppe, David Delestre s'approche d'un banc sur lequel un homme dort sous un duvet.
Se « doutant » qu'il s'agit de « la personne » qui lui « a mis une branlée » quelques jours plus tôt - mais sans jamais voir le visage de Jonathan Wadoux intégralement couvert par le duvet - le pyromane sort son briquet.
« Lui donner une leçon »
Au premier jour de son procès devant les assises à Rouen, David Delestre, la figure et le corps émacié, revient donc sur ses dénégations : « J'ai mis le feu à la couverture. Quand il a pris, je me suis éloigné. Je pensais qu'il allait se défendre, ouvrir le duvet... Je n'ai pas voulu le tuer. Je voulais lui donner une leçon en l'envoyant à l'hôpital. » La victime est transportée aux urgences de Saint-Antoine à Paris, où elle décède cinq jours plus tard.
Selon le capitaine de police Nicolas Hotte, qui a déposé hier après-midi, Jonathan Wadoux a au moment de son agression « 2,5 g/l d'alcool dans le sang » et a pris des anti-dépresseurs. « Ce qui explique qu'il n'a pas réagi. ». Le président de la cour Alain Lallement demande à l'accusé : « Pourquoi ne pas avoir porté secours à la victime quand vous avez compris qu'elle ne s'en sortirait pas ? ». « Je ne sais pas », répond-il, penaud.
Cette nuit-là, David Delestre est lui aussi ivre, comme à son habitude. Et dans ce domaine-là sa mémoire ne lui fait pas défaut : « Dans la journée, j'avais bu trois bouteilles de mousseux, un pack de vingt-quatre bières et neuf bouteilles de vin ». Et il voulait, oui, « faire du mal » à Jonathan Wadoux. Une semaine avant les faits, « lui et ses collègues m'ont frappé ». Une scène d'une rare violence selon les témoins, insiste l'avocat de la défense Me Etienne Noël. « Ils lui ont frappé la tête contre une cabine téléphonique, les passants criaient « Ils vont le tuer ». Ils l'ont laissé à terre, inanimé », confirme le capitaine Hotte. Le meneur de cette expédition punitive : Jonathan Wadoux. « Je voulais me venger. Mais je ne pouvais pas me battre avec lui car il avait eu le dessus deux fois », explique l'accusé. D'où l'incendie. David Delestre est poursuivi pour meurtre. Mais a-t-il eu l'intention de donner la mort ? Verdict demain.
Jane Hitchcock

# Posté le vendredi 04 avril 2008 15:17